Le 6 octobre, Judith et Florent Richard recevaient avec une cordialité chaleureuse, toute alsacienne, leurs premiers visiteurs dans leur maison d’Ostwald, paisible commune voisine de Strasbourg. Le jeune couple, attentif aux enjeux écologiques, a deux enfants : une fillette de sept ans et un garçon de trois ans. La maison respire l’harmonie. Elle leur ressemble. Judith Richard l’a dessinée autour d’une cuisine vaste et lumineuse, vitrée, ouverte sur le salon du rez-de-chaussée, entouré d’un petit jardin, dans ce quartier arboré. L’agencement des chambres, à l’étage, privilégie le bien-être, sans ostentation.

 

La construction de cette maison Comepos est née de la rencontre entre Denis Krauth, le Président directeur Général de Maisons Hanau, et de Florent Richard. Didier Demercastel, autre con-structeur partenaire de Comepos, avait sensibilisé son confrère Krauth de bâtir une maison à énergie positive. « J’étais un peu réticent car nous ne sommes pas une grosse société. Le caractère innovant du projet m‘intéressait. Il fallait trouver des occupants capables de s’impliquer dans ce genre de démarche inédite, des propriétaires potentiels ac-ceptant les conditions de ‘reporting’ des usages quo-tidiens que cela suppose. J’avais deux possibilités : convaincre un membre du personnel ou un acheteur engagé dans la filière du développement durable. Aussi, j’ai brièvement exposé mon ambition à l’espace Info Energie de l’Hôtel des Régions – vitrine régionale des initiatives et recommandations de l’ADEME – avant de répondre, pendant trois-quarts d’heure, à un flot de questions. »

Une demande ‘réfléchie’

Florent Richard, lui-même conseiller Info Energie à Erstein, auprès de l’ADEME, avait assisté à cette réunion. Il en parla à sa femme. « J’espère que tu as levé la main », lui dit-elle. Dans l’esprit du constructeur Denis Krauth, la maison Comepos devait voir le jour en zone périurbaine : « Nous avions eu de la chance en trouvant un terrain à Ostwald. Le souhait de Judith et Florent, c’était d’être à l’écart de la ville mais pas trop loin pour pouvoir circuler en voiture électrique et envoyer leurs enfants à l’école bilingue. Ici, l’école bilingue est à cent mètres, dans un quartier piétonnier, avec des commerces de proximité. C’était un conte de fées. Je pouvais commencer la maison avec de vrais clients. » Le chantier commença à la mi-janvier 2016. « Pour nous, souligne Florent Richard, c’était une demande réfléchie. » Denis Krauth, aussi bien dans la décoration que dans les aménagements techniques, s’est employé à répondre aux exigences exprimées par le couple : « On a écouté nos clients. » Pour Judith Richard, le désir d’une maison à énergie positive Hanau prolonge un engagement citoyen : « Nous sommes vigilants au quotidien. Nous combattons le gâchis énergétique et les pratiques polluantes. C’est un choix de vie. Nos deux enfants sont à l’école bilingue voisine, au bout du chemin. C’était une volonté de notre part. Charlotte, à sept ans, comprend les enjeux du développement durable. Elle interpelle sans aucune gêne un passant qui jette un papier dans la rue en lui expliquant : ‘Tu fais mal à la planète’. Le bon comportement, c’est une suite de petits gestes : le petit bouton de la chasse d’eau, la douche plutôt que le bain, le pull qu’on enfile au lieu de pousser le chauffage. »

La qualité de l’air

Afin que la maison produise autant (sinon davantage !) d’énergie qu’elle n’en con-somme et qu’elle assure une qualité d’air optimale à ses occupants, Maisons Hanau – au-delà des planchers chauffants – a installé un système de ventilation adapté constamment aux activités de ses habitants grâce aux capteurs Delta Dore connectés dans les pièces. Comme l’explique Philippe Handschumacher, responsable technique de Maisons Hanau, « la modulation des flux d’air est basée sur les taux de CO2, de composés volatiles organiques – COV – et d’humidité dans chaque pièce ». Les calories de l’air renouvelé sont récupérées pour alimenter le chauffage de la maison. Evidemment, tous ces indicateurs sont lisibles en temps réel pour la famille Richard. Un chauffe-eau thermodynamique fonctionne en lien avec la ventilation, une chaudière à gaz à condensation prenant le relais en cas de froid vif. Xavier Faure, du CEA, a expliqué qu’il y a deux stratégies de ventilation : la réglementaire et celle qui est testé dans la Maison Hanau d’Ostwald : « L’acte fort de ce projet, c’est de tester un produit qui n’existe pas. » Etienne Wurtz – qui pilote le projet Comepos depuis l’origine – l’a confirmé : « La question clé, c’est aujourd’hui celle du carbone. Nous avons obtenu qu’il existe une réelle expérimentation avant de légiférer, en tenant compte du réalisme économique. Il s’agit d’un projet global qui associe le solaire aux autres technologies innovantes. Il y a trois moyens d’utiliser le solaire : les capteurs, la conception de la maison et la fenêtre. En tant que responsable du secteur solaire du CEA, à Chambéry, je répète que le meilleur capteur solaire, c’est la fenêtre.»

Modifier les comportements

Pour Florent Richard, la respiration de la maison a été l’une des raisons du choix de la maison Comepos : « Pour moi, réguler l’air uniquement par l’humidité, j’en avais peur. Je ne voulais pas d’une maison étanche. La maison va respirer en fonction de notre habitation, de notre manière de l’habiter. Si ça marche, c’est tout bénéfice pour tout le monde. Réfléchir à tout ce qui peut être fait, dans ce domaine, c’est bien. Mais il faut le mettre en œuvre. La formation des entreprises est essentielle. Il faut créer des filières pour cette formation. » Sa femme tient le même langage : « Je ne me vois pas pionnière car on est dans l’écologie depuis longtemps. Mais il y a encore du chemin à parcourir. Un gros travail de formation, surtout. Il faut une nouvelle approche de la construction. On a hâte de voir comment cette maison va fonctionner. Nous, nous nous positionnons bien. Ça permettra d’aller plus loin et contribuera à modifier nos comportements. » L’objectif initial de Comepos est ainsi atteint, selon Etienne Wurtz : « L’idée de base de Comepos, c’est de mesurer les effets des différentes technologies mises en œuvre, des modes constructifs, des matériaux sollicité et de pouvoir en assurer la reproductibilité. Six maisons sont réalisées et nous devons aussi, aujourd’hui, être capables de piloter les émissions de carbone, le CO2 et le CEV. » ■